Wine tasting bar Wines of Portugal, Lisbon

Voyager pour la table — choisir sa destination par ce qu’on veut manger

PHOTO: TRAVELERS ROUTE

Un verre qui n’existe que sur son terroir, la chaleur d’un marché de nuit, ou une ville entière à grignoter : la forme de l’envie change le continent.

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33 min de lecture

Plutôt que de regarder une carte en se demandant « où aller ensuite », partir de « qu’est-ce que j’ai envie de manger » fait tenir un voyage beaucoup plus vite. Voulez-vous vous enfoncer dans un verre qui ne se boit vraiment que sur son terroir, plonger dans la chaleur d’un marché de rue, ou ne pas vous arrêter à une adresse et grignoter la ville entière ? Selon la forme de l’envie, c’est le continent qui change. Cet article part de l’envie de manger, réduit le choix aux pays et régions que la rédaction a parcourus elle-même, et va jusqu’à la question de ce qu’il faut réserver (tarifs relevés en juillet 2026).

Quelle envie de manger, exactement ?

Les voyages gourmands se répartissent grosso modo en quatre types. Choisissez le plus proche du vôtre et commencez la lecture par l’expérience emblématique du pays concerné. Il n’est pas grave de ne pas trancher : les pays qui reviennent dans plusieurs types (Portugal, Hong Kong, Maroc) sont précisément ceux dont la table a le plus à offrir.

Plonger dans la cuisine de rue

Gargotes et marchés : là où manger n’est pas une note de bas de page du voyage, mais son texte principal.

Manger la ville de part en part

Ne pas se rassasier à une seule adresse. La ville entière est votre salle à manger.

Les pays et régions où voyager pour la table

Même quand l’envie est arrêtée, un voyage ne tient pas si la longueur des congés et le budget ne suivent pas. Les fiches ci-dessous alignent pour chaque pays la durée indicative, la meilleure saison, le budget, l’existence d’un vol direct et le niveau de difficulté. En filtrant sur « quatre jours ou moins » et « vol direct », la liste tombe à quelques pays. Ouvrir une fiche mène à la vue d’ensemble du pays : combien de jours il faut, et comment s’y rendre depuis la France.

Filtrer et trier

12 pays et régions

ThailandThaïlande 4–6 jours Nov.–févr. (saison sèche)€€ Direct ~11h30IntermédiaireLes gargotes et les petits restaurants sont ici l’attraction principale : un repas coûte quelques euros et la densité de bonnes tables est difficile à battre. Gargotes et marchés de nuitPortugalPortugal 5–7 jours Mai–juin · sept.–oct.€€ Direct ~2h30Pour débuterLes fruits de mer de l’Atlantique et un porto qu’on ne boit vraiment que là où il naît, avec quelques-uns des prix les plus doux d’Europe de l’Ouest. Les caves de porto à Porto (visite + dégustation 20–30 €)SpainEspagne 6–9 jours Avr.–juin · sept.–oct.€€ Direct ~2hPour débuterLa tournée des bars est ici le véritable programme de la soirée : passer de tapas en tapas est une visite à part entière. Une tournée de tapas à La LatinaHong Kong & MacauHong Kong et Macao 3–4 jours Oct.–nov.€€€ Direct ~12hIntermédiaireDim sum, nouilles won-ton, cha chaan teng, villages de pêcheurs — une démonstration de la cuisine chinoise à une station de métro. Dim sum et nouilles won-tonVietnamVietnam 4–6 jours Nov.–avr. (saison sèche) Direct ~12hIntermédiairePhở, bánh mì et café aux œufs au lait concentré. Ici, la cuisine des ruelles tient le premier rôle. Cuisine de ruelle et café aux œufs à Hô Chi Minh-VilleMoroccoMaroc 6–9 jours Mars–mai · sept.–nov.€€ Direct ~3hPour débuterTajine et couscous d’agneau. Après le coucher du soleil, la place devient une immense salle à manger à ciel ouvert. Les gargotes nocturnes de Jemaa el-FnaBelgiumBelgique 2–4 jours Juin–août · déc.€€€ Train ~1h25Pour débuterGaufres, pralines, moules et bière trappiste — les quatre piliers de la table belge. Une balade gourmande dans BrugesGreeceGrèce 6–9 jours Mai–juin · sept.–oct.€€ Direct ~3h20Pour débuterDes tavernes au bord de l’eau, et l’assyrtiko : un blanc qui a grandi sur sol volcanique. Les tavernes de la baie d’Amoudi et les domaines de l’îlePhilippinesPhilippines 4–7 jours Déc.–mai (saison sèche)€€ 1 escale ~16hIntermédiaireAcide, franc et sucré en accord. Devant un sisig, un sinigang ou un lechón, on reprend du riz sans y penser. Cuisine philippine : les cinq premiers platsUSAÉtats-Unis 5–8 jours Hawaï toute l’année€€€ Direct ~11h30IntermédiaireDes cuisines d’immigration qui se croisent dans une même assiette : malasadas, garlic shrimp, plate lunch. Une tournée gourmande à HonoluluDenmarkDanemark 3–5 jours Juin–août · déc.€€€€ Direct ~2hPour débuterLa patrie du smørrebrød, le sandwich ouvert composé comme un tableau. Nyhavn et le smørrebrødGermanyAllemagne 6–9 jours Mai–août · déc.€€€ Train ~3h50Pour débuterVin de pomme et sauce verte — la cuisine de ménage dans les tavernes de Sachsenhausen. Une soirée vin de pomme à Francfort

Manger en Europe — le vin, le marché et le sucré

Portugal — un verre qui ne s’achève que sur son terroir, et l’Atlantique

Pastel de nata and coffee, Lisbon
Le quotidien portugais — une pause, un pastel de nata et une bica (expresso) — PHOTO: TRAVELERS ROUTE (mai 2024)

Sur l’autre rive, une fois franchi le pont Dom-Luís-I depuis la vieille ville de Porto, les caves des maisons historiques — Taylor’s, Sandeman et les autres — s’étagent à flanc de coteau à Vila Nova de Gaia. Visite et dégustation coûtent 20 à 30 € (à partir de 25 € chez Taylor’s, juillet 2026). L’air même du chai où dorment les fûts ne se goûte que sur place, et comparer les styles, du blanc sec au vintage, réécrit entièrement l’image du porto servi en apéritif dans un petit verre. Comment choisir parmi les types et comment réserver une cave, c’est expliqué dans le guide complet du porto.

L’autre vedette de la table, c’est l’Atlantique. La morue séchée (bacalhau) a ses classiques maison, du beignet au gratin, et la sardine grillée au charbon est l’emblème du début d’été. Dans les cantines de quartier, le menu du jour reste abordable : en comptant 60 à 70 € par jour pour manger, on tient sans se restreindre du début à la fin du voyage (voir le détail du budget sur sept jours). Et pour finir, le pastel de nata et la bica. Faire la queue pour en croquer un sortant du four dans le quartier de Belém, où il est né, en vaut la peine. À Óbidos, village fortifié accessible à la journée depuis Lisbonne, vider une ginjinha — la liqueur de griotte — dans son gobelet en chocolat sert de ponctuation à la promenade.

Espagne — le bar comme dispositif culturel

Tapas spread at a bar in Madrid
Tortilla et croquetas — commander une assiette et changer d’adresse, c’est la règle de la tournée — PHOTO: TRAVELERS ROUTE (mai 2024)

Le cœur de la table espagnole, c’est de ne jamais tout faire dans un seul établissement. À Madrid, en fin d’après-midi dans le quartier de La Latina, on commande deux ou trois tapas au comptoir et un seul verre, puis on passe à l’adresse suivante. Enchaîner les maisons selon leur spécialité — une pour le jambon, une pour les produits de la mer — est la manière de faire, et un marché couvert comme celui de San Miguel est le terrain d’entraînement idéal pour débuter. L’itinéraire de trois jours à Madrid raccorde les rues à bars du soir au parcours des musées. Si vous allez à Barcelone, les ruelles du quartier gothique et le marché de la Boqueria sont le point de départ ; grignoter entre deux bâtiments de Gaudí est déjà intégré à l’itinéraire de trois jours à Barcelone.

Grèce — la taverne, et un vin que nourrit le volcan

La vedette de la mer Égée, c’est la taverne — poisson grillé au citron, salade grecque en montagne, moussaka. À Santorin, les tavernes de la baie d’Ammoudi, au pied de la falaise de la caldeira, sont directement reliées au port de pêche, et l’on compare sur la terrasse d’un domaine, face au panorama, l’assyrtiko, le blanc que fait naître le sol volcanique de l’île, et le vinsanto liquoreux. À Mykonos, allez à la taverne de la place d’Ano Mera, à l’intérieur des terres : un déjeuner d’habitants, un pas en retrait des prix touristiques du bord de mer.

Belgique, Danemark, Allemagne — le sucré, la tartine et le cidre

Belgian waffle with chocolate sauce in Bruges
Sortie du fer, nappée de chocolat. L’avantage du stand, c’est qu’on l’emporte en marchant — PHOTO: TRAVELERS ROUTE (mai 2023)

Plus au nord, le paysage de la table change du tout au tout. Bruges, en Belgique, aligne les quatre piliers que sont la gaufre, la praline, les moules et la bière trappiste. Copenhague, au Danemark, est la patrie du smørrebrød, la tartine ouverte aux couleurs vives. Et à Francfort, en Allemagne, on prend dans une taverne de Sachsenhausen un cidre de pomme accompagné de la sauce verte locale. Tous ont en commun d’avoir « une assiette qui ne s’achève que là », ce qui les inscrit directement dans les voyages gourmands de ce site.

Manger en Asie — quand la table n’est plus l’accompagnement du voyage mais son sujet

Thaïlande — le pays où l’échoppe et la cantine tiennent le premier rôle

Pink kaomangai chicken rice stall, Pratunam Bangkok
Le « kaomangai rose » de Pratunam. La vapeur du poulet poché monte de la devanture — PHOTO: TRAVELERS ROUTE (novembre 2022)

À Bangkok, la vedette de la table n’est pas le restaurant étoilé mais la rue. Les maisons historiques de riz au poulet poché comme le « kaomangai rose » de Pratunam, le pad thaï, le curry massaman, les brochettes et les douceurs des marchés de nuit. Pour quelques dizaines à quelques centaines de bahts le repas, la densité de bonnes choses n’a pas d’équivalent européen. On mange entre deux temples, on mange avant un combat de muay-thaï, on remange au marché — c’est un pays où la table devient le sujet du voyage.

Hong Kong et Vietnam — l’exposition universelle du dim sum, et la cuisine de ruelle

Dim sum in bamboo steamers, Hong Kong
Les dim sum en panier de bambou. À commencer par le trio raviolis de crevettes, siu mai et petit pain au porc laqué — PHOTO: TRAVELERS ROUTE (novembre 2023)

Hong Kong est une exposition universelle de la cuisine chinoise, où le dim sum, les nouilles aux wontons, les cha chaan teng et les viviers à fruits de mer tiennent tous dans le périmètre du métro. Au Vietnam, à Hô Chi Minh-Ville, ce sont le phở, le bánh mì, le café à l’œuf au lait concentré et la cuisine des ruelles qui tiennent le premier rôle. Dans les deux cas, « faire la queue devant l’adresse pleine » donne de meilleurs résultats que « chercher l’adresse chère ».

Philippines — l’acide, le gras et le sucré en trois temps

Le sisig, le sinigang et le lechon sont des plats faits pour le riz blanc. Une soupe franchement acide, un porc bien gras, une sauce douce-salée — la culture culinaire qui se tient derrière les stations balnéaires a un contour qui ne ressemble à celui d’aucun autre pays d’Asie du Sud-Est.

Manger en Afrique et dans le Pacifique — le tumulte, et la cuisine des migrations

Maroc — quand une place se transforme en immense cantine à ciel ouvert

Les vedettes sont le tajine, mijoté dans son plat de terre, le couscous d’agneau, et le thé à la menthe très sucré. À Marrakech, la place Jemaa el-Fna se transforme le soir en immense cantine à ciel ouvert, et les brochettes que l’on y mange dans la fumée et l’odeur des épices constituent une expérience du tumulte qui ne ressemble ni au bar espagnol ni à la taverne grecque. Côté Atlantique, à Essaouira, les sardines débarquées au port et grillées au charbon sont d’un bon marché stupéfiant. Une chaleur alimentaire primitive, à l’opposé du raffinement.

Hawaï — quand les cuisines de l’immigration se croisent dans une assiette

Passé le Pacifique, place à la balade gourmande d’Honolulu — açaí, malasada, crevettes à l’ail, plate lunch. Les cultures culinaires japonaise, portugaise, chinoise et polynésienne s’y croisent dans une même assiette : une superposition propre à une île d’immigration.

À noter : il reste des pays où notre travail de fond sur la table n’est pas encore arrivé. L’Italie et le nord de l’Espagne (le Pays basque) sont évidemment de grandes régions gastronomiques, mais elles rejoindront la liste ci-dessus le jour où nous aurons le terrain nécessaire pour en parler de façon responsable. Notre principe est de ne pas créer d’impasse, en recommandant une destination sans article à lire derrière.

Réserver et rapporter — ce qui rend un voyage gourmand sûr

En matière de table, la règle d’or est de bloquer les créneaux à l’avance plutôt que d’y penser sur place. La visite des caves les plus demandées se fait sur créneau horaire, et en haute saison les places du jour même sont prises. En passant par une visite réservable à l’avance en français, on intègre la dégustation sans la moindre inquiétude de langue.

GetYourGuide

Réserver une visite de caves de porto avec dégustation à Porto

Visite et dégustation dans les caves historiques de Gaia. Formules enchaînant plusieurs maisons ou avec dégustation comparative, réservables à l’avance en français.

Voir les visites de caves →

Pour rapporter des bouteilles, le principe est la soute. Le Portugal étant dans l’Union européenne, il n’y a ni détaxe à réclamer ni formalité douanière à prévoir : les quantités destinées à une consommation personnelle circulent librement, et la vraie limite est le poids autorisé de votre bagage en soute — une caisse pleine y arrive vite. Si vous achetez côté cabine, le liquide reste soumis à la règle des contenants, sauf achat en zone sous douane conservé dans son sachet scellé. Un carton renforcé ou une housse à bouteilles vaut mieux que les chaussettes, et se trouve dans la plupart des caves (détails dans la section « rapporter » du guide complet du porto).

Encore indécis ? — chercher par un autre axe

Quand la table seule ne suffit pas à trancher, le plus rapide est de reprendre le voyage par une autre face. Choisir d’après la façon de passer ses soirées, ou d’après le paysage urbain. Ou bien raisonner à rebours à partir des jours disponibles et du budget.

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